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Balade méditative dans le bois de Lauzelle
“ « N’allez pas là où le chemin peut mener.
Allez là où il n’y a pas de chemin et laissez une trace »
Ralph Waldo Emerson
”

Balade méditative dans le bois de Lauzelle

« N’allez pas là où le chemin peut mener.
Allez là où il n’y a pas de chemin et laissez une trace »

Ralph Waldo Emerson                                                                                                                                          

““N'en doutons point, l'éco-création, comme n'importe quel genre artistique, connaît ses héros et ses petits-maîtres, ses chefs-d'oeuvres incontournables et ses croûtes.” Paul Ardenne
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L'historien et critique d'art Paul Ardenne publie “Un art...

“N'en doutons point, l'éco-création, comme n'importe quel genre artistique, connaît ses héros et ses petits-maîtres, ses chefs-d'oeuvres incontournables et ses croûtes.” Paul Ardenne


L'historien et critique d'art Paul Ardenne publie “Un art écologique. Création plasticienne et anthropocène” une étude analytique très fouillée et pose les balises de la création plasticienne écologique.

S’il est un sujet qui est débattu mondialement aujourd'hui, par les scientifiques, les politiques, par les populations de tous pays surtout les plus menacés par les conséquences, c'est celui du réchauffement climatique et du sauvetage de la planète. L'Anthropocène est à l'action tous azimuts. Il convient d'inverser la tendance. Des solutions sont prônées. Peu suivies. Dans ce contexte plus qu'alarmant, que peut l'art ? Paul Ardenne dans un ouvrage conséquent qui vient d'être publié, répond dès les premières lignes de son introduction “Rien, ou si peu. Entendons, rien ou très peu en termes d'efficacité concrète.” Et il rappelle que l'art est “une affaire de poésie, de ressenti esthétique, de répertoire de formes plastiques et d'élaborations sensibles”. Voilà qui place l'art, contemporain s'entend puisque c'est de lui qu'il s'agit dans la publication, loin des discours savants qui font les choux gras de bien des commentateurs. On note donc avec plaisir cette approche sensible et tout ce qu'elle sous-entend d'irrationalité. L'auteur ajoute que “l'étude qui suit, sans se payer d'illusions, rend compte d'un combat […] mené de haute lutte : celui des artistes plasticiens de toutes obédiences […] engagés avec détermination et foi dans la lutte écologique”. Voilà le mot-clef l'engagement. Les artistes sont donc là, présents, conscients de ce lien indispensable avec la terre. Un lien respectueux. Un lien artistique et donc sensible et poétique !

La relation à la terre-mère
Dans la première partie de la publication, Paul Ardenne recense et décrit, sans objectif d'exhaustivité, nombre de démarches artistiques qui depuis la fin des années soixante prennent en compte cette relation avec la nature. Ce qui signifie qu'il y a une bonne cinquantaine d'années que le sujet préoccupe sensiblement les plasticiens. Si l'on veut bien s'en souvenir, il y eut quelques pionniers, artistes et intellectuels, adeptes du végétarisme et du naturisme occupant dès 1900 la colline d'Ascona, le Monte Vérita. Et dans les années qui nous occupent, un certain Hundertwasser (Vienne) qui créa notamment des toits végétalisés ! L'auteur évoquant Gina Pane entretenant une relation d'affinité avec la terre — on verra une magnifique photo — cite aussi les Amérindiens, ceux dont on saccage les terres et rappelle l'expérience de vie dans les bois de Henry David Thoreau. Le panorama dressé est riche et critique, de Beuys à Smithson, de Blazy à Pascali, avec de nombreuses investigations inédites.

Éco-art utile et éthique
Cet ouvrage qui se poursuit en examinant les multiples aspects d'un art aux accents ou pas écologiques, est l'occasion d'une étude en profondeur et d'une vision analytique particulière de l'art depuis les années soixante qui modifie notre propre perception de son histoire. Ce regard n'est possible qu'avec la distance du temps et à la lueur d'une conscientisation plus générale de la question écologique. On constate à travers maints exemples abordés que parmi les artistes le plus divers certains ont perçu, par leur sensibilité, les changements en cours, les dangers de plus en plus imminents et la nécessité d'intervenir. Paul Ardenne place Beuys en figure centrale d'un avant et d'un après. Mais il ne manque pas de relativiser les positions, plaçant tantôt l'artiste “comme marqueur de vérité”, tantôt rappelant que “l'éco-art peut nous bercer d'illusions” et qu'il y a là aussi en ce domaine “un art qui fait recette”. En finale, après son “pas à pas vers l'art utile”, il plaide pour un art à vocation éthique. Un livre en tout cas utile, éclairant, ouvrant des perspectives mais posant aussi des balises.

Paul Ardenne.
Historien de l'art français, de son vrai nom Bertrand Gervais, est né en 1956. Il enseigne à l'Université d'Amiens, l'histoire de l'art contemporain. Auteur de textes sur l'art (Art Press, Archistorm, Beaux-Arts magazine, Figures de l'art, L'Art même…), il est aussi romancier, conférencier et commissaire d'expositions. En tant qu'auteur dans le domaine artistique on lui doit notamment : L'Image Corps, Un Art contextuel, Heureux les créateurs ?.
Son blog : https://paulardenne.wordpress.com/

Existe-t-il un art spécifiquement écologique ? Le Soir
 

“Il est impossible d'atteindre la lumière en sacrifiant l'obscurité.” Peter Kinglsey
“De nombreux penseurs, rappelle le philosophe et vétéran de la guerre d'Irak, Roy Scranton […] ont fait valoir que philosopher, c'est apprendre à mourir. Si cela est...


“Il est impossible d'atteindre la lumière en sacrifiant l'obscurité.” Peter Kinglsey

De nombreux penseurs, rappelle le philosophe et vétéran de la guerre d'Irak, Roy Scranton […] ont fait valoir que philosopher, c'est apprendre à mourir. Si cela est vrai, alors nous sommes entrés dans l'âge le plus philosophique de l'humanité - car c'est précisément le problème de l'Anthropocène. Le problème est que maintenant nous devons apprendre à mourir non pas en tant qu'individus, mais en tant que civilisation.

La question de l'effondrement est un miroir grossissant de nos ombres et de notre peur de la mort. Ainsi, reprend Paul Chefurka, “peut-être que tout ce qu'il à faire est de grandir, jusqu'à devenir plus grand que la douleur”.

Extrait de Une autre fin du monde est possible Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Gauthier Chapelle